Cette technique, inusitée aujourd’hui, était destinée à agrémenter les vêtements de motifs. Les « katagami » apparurent vers le XIIIème siècle et atteignirent leur apogée durant la seconde moitié de l'ère d'Edo (1603-1868).

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La fabrication du « katagami ».

Les « katagami » sont composés de bandes de papier traditionnel japonais dénommé « Washi ». Ces feuilles de papier sont confectionnées à base d’écorces de mûriers. Elles sont collées les unes aux autres avec du jus de kaki fermenté. C’est cet extrait de Kaki qui donne au « katagami » cette couleur brunâtre et qui par la même occasion protège les feuilles de certaines moisissures.

Il est nécessaire d’assembler ainsi entre 4 et 6 feuilles de « Washi » pour former un « katagami ». (L’artisan fabriquant son « katagami » recyclait souvent de « vieilles » feuilles de « Washi ».)

L’assemblage ainsi obtenu est ensuite minutieusement découpé à la main afin de faire naître les motifs qui seront imprimés sur les textiles destinés à la confection de vêtement.

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Une fois l'apparition des katagami, les techniques les utilisant se diversifièrent :

  • La technique komon : les artisans utilisaient plusieurs pochoirs. Certains des motifs étaient créés en appliquant directement la teinture sur les pochoirs, d'autres avec la traditionnelle colle de riz. Cette technique était assez complexe et on ne l'utilisait que pour les vêtements des guerriers et des classes supérieurs de la bourgeoisie.
  • La technique chûgata : Cette technique ne diffère pas trop de la technique komon excepté quelques détails : les motifs étaient plus grands, la composition de la colle et la forme de la spatule (pour enduire la colle) étaient différents et enfin le tissu sur lequel étaient imprimés les motifs passa de la soie à la cotonnade. Cette technique était donc accessible aux classes populaires.
  • La technique wa-zarasa : Ce procédé de teinture mêlait les techniques ancestrales avec les plaques en bois et les katagami.

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Techniques de découpage

Les motifs des katagami étaient gravés à la main avec un outil tranchant suivant les lignes d’un motif dessiné auparavant. Il existait plusieurs méthodes de découpage :

  • La méthode kiri-bori : Pour cette méthode, on utilisait un poinçon à pointe semi-circulaire finement aiguisée. Cette méthode était destinée à former de petit motif, le poinçon servait à percer une multitude de petits trous pour faire apparaître le motif en pointillés.
  • La méthode shima-bori : Pour cette méthode, les artisans utilisaient cette fois un canif et le découpage était en rayure.
  • La méthode tsuki-bori : pour cette technique, on utilisait aussi un canif et on s’en servait pour les motifs chûgata, des motifs qui mêlaient courbe et ligne droite.
  • La méthode dôgu-bori : l'outil utilisé pour cette technique avait déjà la forme du motif, c'était donc un découpage à l'emporte-pièce.

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L'origine du katagami remonte à l'époque de Nara, à cette époque, il existait différentes techniques de teinture pour obtenir les motifs :

  • La technique surie : elle consiste à graver un motif en relief sur une planche de bois qu’on enduit alors de teinture. Le motif apparaît alors lorsqu’on applique le tissu.
  • La technique kyôkechi : Ici, il suffit de graver deux plaques de bois à l'identique, percer des trous dans l'une des plaques au niveau des motifs. Les artisans plaçaient ensuite le tissu entre les deux plaques, les pressaient au maximum. Ils versaient alors la teinture dans les trous, et le motif apparaissait.
  • La technique rôkechi : Pour cette technique, les artisans utilisaient des plaques de bois comme pour la technique surie, qu'ils enduisaient cette fois de cire. Ils appliquaient ensuite le tissu sur cette même plaque, la cire allait alors sur le tissu, ils plongeaient ce tissu dans la teinture. Une fois la cire retirée, on apercevait le motif en blanc.

Toutes ces techniques sont les « ancêtres » du katagami.

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L’utilisation du « katagami ».

Le « katagami » est apposé sur la bande textile destinée à être teinte. Une pâte de riz est appliquée sur le « katagami ».  Cette pâte translucide adhère au textile au niveau des espaces vides. Le textile est ensuite teint. L’ensemble du tissu ressort teinté à l’exception des motifs protégés par la pâte de riz.(L'utilisation de la pâte de riz remonte aux époques de Heian et Kamakura.)

L'influence du « katagami »

Le monde occidental ne découvrit le « katagami » qu’au XIXème siècle, en même temps que le japon, s’industrialisant, abandonnait cet art séculaire au profit de technique plus productive.

Mais le « katagami » éveilla tout de suite l’intérêt des artistes et des collectionneurs. Il apporta une nouvelle source d’inspiration à de nombreux artistes dans plusieurs disciplines. La verrerie au travers du travail de René Lalique, les meubles grâce à Emile  Gallé, le fer forgé et les vitraux par la contribution des Bruxellois Henri van de Velde  et Victor Horta ou encore les réalisations des viennois Koloman Moser et Josef Hoffman.

Le « katagami » alimentait alors un peu plus le « japonisme », un courant artistique particulièrement en vogue au XIXème siècle.

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Les plus belles collections sont aujourd’hui dispersées entre Londres, Paris (Musée d'Orsay et au Musée des Arts décoratifs), Viennes (MAK) et Bruxelles (Musées Royaux d'Art et d'Histoire).

Sources:
http://www.clickjapan.org/ART/katagami.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Katagami

A Noter :
une expo a eu lieu à la Maison de la Culture de Japon du 19 octobre 2006 au 20 janvier 2007 (au départ, je croyais qu'elle allait avoir lieu puis après recherche, trop tard...)